ET L'AMOUR ET LA MORT

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ET L'AMOUR ET LA MORT

ET L'AMOUR ET LA MORT

Dy Vagh


1. Première partie : ET L'AMOUR

I

Le smartphone, posé sur la tablette devant lui, s’éclaire.

Trois lettres majuscules s’affichent sur l’écran.

Le cœur de Camille s’emballe. Il se dépense sans compter et cogne, cogne dans la cage thoracique comme s’il cherchait à s’échapper de cette prison.

Ces trois lettres ont une charge émotive si intense…

Le compartiment est loin d’être complet et aucune paire de fesses n’encombre les sièges à proximité. Pourtant le jeune homme n’esquisse aucun geste. Pas question de répondre à l’appel malgré le charivari dans sa poitrine. Il se refuse à troubler cette atmosphère ouatée. Déjà à plusieurs reprises depuis le départ, il a été perturbé par les sonorités de portables émaillées de fragments de conversations sans intérêt. Or il apprécie trop les songes qu’offre cette bulle de sérénité pour importuner à son tour les autres passagers même distants.

Respectons les codes de la politesse qui permettent de vivre ensemble. Chacun de son côté !

L’écran s’est éteint. Camille s’empare du clavier et écrit : Je suis dans le train. Je t’appelle dès que possible.

Dans quelques heures, une fois arrivé à destination.

Le doigt de Camille effleure la touche, s’immobilise. Ses yeux parcourent sans cesse le message. Qu’attend-il pour l’envoyer ?

Et si une faute d’orthographe imaginaire polluait ses deux courtes phrases. Une faute si énorme, si évidente qu’il découvrirait évidemment trop tard, une fois les mots envolés à plusieurs centaines de kilomètres.

Des mots envolés que Camille, cette fois, n’a plus la possibilité de rattraper. Quelle erreur ! Ne sont-ils pas d’une brièveté brutale, inacceptable ? Comment n’a-t-il pas vu l’horrible aridité de ses lignes ?

Sécheresse des mots, sécheresse du cœur : voilà ce qu’elle pensera de lui !

Pourquoi n’a-t-il pas simplement glissé une infime touche de tendresse ? Discrète mais révélatrice. Par exemple un émoticône souriant aurait suffi.

Il chuchote dans un sourire en se moquant de lui-même :

— Toujours tourner sept fois ses pouces au-dessus du clavier avant de répondre, Camille !

Prend-elle son départ pour une fuite ? Possible.

Camille ne la connaît que depuis deux jours. Deux jours tellement intenses en émotion que les heures se sont égaillées dans tous les sens sans avoir la moindre possibilité de les retenir, de les ordonner. Deux jours si proches et si lointains déjà.

Camille ferme les yeux. Pourquoi ne pas tenter, à présent que ce train l’éloigne malgré lui de sa belle, d’apporter du calme dans ce tourbillon de sensations, de récupérer un soupçon de quiétude dans le tumulte de son cœur ?

Mettre de l’ordre dans le chaos de ses pensées… Quel boulot ! Par lesquelles commencer ? Celles qui se bousculent dans sa mémoire ou celles qui hantent son futur ? La joie ou l’anxiété ?

Camille préfère songer aux heures passées plutôt qu’à celles chargées d’angoisse qui patientent dans l’ombre.

Voyons. Comment s’est amorcée leur rencontre, cet amalgame détonnant de péripéties parfois comiques et d’instants sublimes ?

Lors d’une soirée à Montpellier particulièrement fertile en surprises.

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